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histoire des églises et chapelles de Lyon

du monument furent jetées en terre, autour de l’année 1180, dès qu’Olivier fut devenu le chef de sa compagnie.

L’œuvre n’était ni vaste ni somptueuse ; sa position admirable, les souvenirs d’histoire héroïque et religieuse, auxquels elle se rattachait topographiquement, la recommandaient, plus que son architecture et ses richesses, à la curiosité des visiteurs. On a pu la voir du reste, jusque dans ces derniers temps, conserver sa physionomie et ses dimensions ; elle n’est tombée que récemment, au vif déplaisir des archéologues, conservateurs par tradition et par goût, sous la nécessité d’ajouter à la basilique neuve les locaux exigés par ses services et par les dépendances inférieures de sa grandiose et commode sacristie. Ce qu’on appelait la nef de Saint-Thomas, facilement isolable des aménagements qu’elle avait subis dans le cours des âges, la constituait dans sa totalité. Son chevet était tourné au soleil levant et recevait les premiers rayons qui émergeaient du sommet des Alpes ; six fenêtres, trois au nord et trois au midi, y répandaient la clarté ; l’unique porte d’entrée s’ouvrait entre deux gracieuses colonnettes, supportant une archivolte ogivale d’un très pur dessin. Le clocher, élevé sur la même ligne que la façade et à droite, était de construction un peu postérieure ; c’est au-dessous de son premier étage, dans un espace obscur et étroit que fut dressé l’autel de la Sainte Vierge, appelé à une si prodigieuse destinée et à de si magnifiques transformations.

Le noble chanoine, qui avait eu le mérite de concevoir ce projet et la générosité d’en couvrir les frais, assista à son achèvement ; il présida à une organisation sommaire du culte et pour le groupe de chapelains, qu’il y installa dans une maison spacieuse, il constitua une dotation qui s’est accrue considérablement entre les mains de leurs successeurs. Son testament, dont l’Obituaire de Saint-Jean nous a conservé d’importants fragments, détermina et confirma ces largesses : l’héritage comprenait, en biens fonds, une verchère et des vignes adjacentes, situées sur le plateau même, à Chatel-Boc, le bois de Sarlieu, deux terres, acquises soit d’une veuve Verchany, soit des enfants de Reinon de Chater : les rentes consistaient en une pension de trois sols et de trois mesures mornantaises d’avoine, imposées sur le champ de Bernard Claris, et dans une créance de neuf livres sur Arnaud de Savono et les frères Fulchier et Hugues le Roux. Quelques objets précieux et des ornements sacrés complétaient la libéralité ; l’acte cite notamment une croix d’argent, lamée d’or, un très beau tapis, un peigne d’ivoire, un superbe orfroi, trois coussins brodés, en soie, et soixante aunes de toile blanche, propres à des nappes et à des aubes.

Quand nous aurons ajouté que le généreux doyen vécut simple tonsuré, sans atteindre le sacerdoce, qu’avant d’occuper la plus haute stalle capitulaire, il avait été le maître de chœur du côté gauche « sinistri chori cantor », qu’enfin il eut pour successeur, dans sa charge, Étienne de Rochetaillée, nous aurons épuisé ce qu’apprennent les documents. Le reste est pure légende : la conversation avec Thomas de Cantorbéry, le sanctuaire primitif remontant à la chute du Forum de Trajan, même plus loin encore, à l’ère de paix qui suivit la persécution de Dioclétien, doivent disparaître d’une histoire véridique. La constitution de l’archevêque, Jean de Bellesmes, qui est incontestablement la charte officielle de l’institution de la célèbre collégiale, ne permet pas de s’y arrêter sérieusement.