Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome II.djvu/187

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carmes déchaussés

chèrent les religieux à leurs cellules et les jetèrent à la rue, en apposant les scellés sur les portes.

Les Carmes, n’espérant plus y rentrer, louèrent leur couvent à un institut préparatoire aux écoles du gouvernement, qui subsista jusqu’en 1899. Une quatrième fois, pourtant, à la faveur d’une accalmie politique relative, les religieux tentèrent de s’y rétablir. Trois ans après, en 1902, les décrets les dispersèrent de nouveau et leur couvent vendu fut acheté par le gouvernement qui, après transformations, y installera les archives départementales.

À gauche du portail de l’église des Carmes, un arc ogival, en pierre de Couzon très dégradée, attire l’attention de l’archéologue. S’il pénètre dans le jardin auquel cette porte donne accès, il se trouve en face d’une maison à deux étages, avec rez-de-chaussée en arcades plein cintre et tourelle carrée à droite, le tout d’aspect irrégulier et délabré. C’est la maison Mascranni, ainsi nommée de ses propriétaires, originaires des Grisons. Les Mascranni vinrent s’établir à Lyon vers 1580, et furent naturalisés Français en 1622 ; ils devinrent seigneurs de Laverrière et de Thunes : ce dernier titre indique parfaitement leur propriété sur le coteau de Fourvière. Leurs possessions s’étendaient sur la plus grande partie du terrain jusqu’au plateau supérieur dit tènement de la Thibaudière. Ce fut Paul Mascranni, banquier, prévôt des marchands en 1667, qui vendit aux Lazaristes la maison où ces religieux établirent leur communauté. Devenue à la Révolution bien national, elle fut achetée plus tard par les Frères des Écoles chrétiennes qui y fondèrent un vaste pensionnat appelé Les Lazaristes du nom des anciens religieux qui l’avaient occupé. Paul Mascranni mourut en 1675 et fut inhumé dans l’église des Grands Capucins.

La maison Mascranni, voisine des Carmes, a subi des changements notables et perdu une partie de son aspect primitif. Il existe un dessin de l’état ancien, reproduit dans l’Histoire de Saint-Paul, par MM. les abbés Duplain et Giraud (1899).

Alexandre Mascranni, prévôt des marchands en 1642, avait épousé, en 1648, Cornélie Lumagne, une des bienfaitrices du couvent des Carmes. La famille Mascranni s’intéressa elle-même à la nouvelle fondation. En même temps, elle devenait insigne bienfaitrice de Saint-Paul. L’église Saint-Laurent, annexe et paroisse de la collégiale Saint-Paul, était, par suite de vétusté, menacée, au commencement du xviie siècle, d’une ruine complète, au point que le Consulat en avait ordonné la démolition. Le chapitre ne pouvant faire les frais de reconstruction, on s’adressa à la bienfaisance des paroissiens, et, en 1639, les quatre frères Mascranni, banquiers, habitant le quartier, s’engagèrent à fournir une somme de neuf mille livres. Dans la suite, ils en dépensèrent trente-six mille. En échange, la chapelle Saint-Claude, dans l’église Saint-Laurent, devint leur propriété, et ils eurent le droit d’apposer leurs armes au dehors et au dedans de ladite église.

Une branche de cette famille possédait, sur la ’place Bellecour, une maison appelée Maison Rouge, construite en briques de cette couleur, « où le roi logea, dit Spon, quand il fut à Lyon, en 1659 ». Elle était connue aussi sous le nom d’Hôtel de la Valette ou de Malte, parce qu’une fille de Paul Mascranni avait épousé, en 1667, Laurent Pianelli de la Valette, dont le père, Jean-Baptiste, trésorier de France en 1628, avait lui-même