Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome II.djvu/441

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saint-bonaventure

secourable qu’elle était recherchée. Pour abréger, nous ne mentionnerons que la visite de Charles VIII et de sa femme, Anne de Bretagne, confirmant, auprès de ses saintes reliques, leur résolution de fonder un second monastère franciscain, Notre-Dame de l’Observance ; le don princier d’Anne de France, dame de Beaujeu, fille de Louis XI, qui enchâssa le chef de cet incomparable génie, dans un buste d’argent ciselé « au naturel », où elle sema ce que sa cassette contenait de phis rare en pierreries, topazes et turquoises. Cette période, qui enjambe sur la dernière moitié du xve siècle et le commencement du xvie, fut une des plus florissantes du monastère ; elle est marquée, dans la discipline, par un retour sérieux aux observances primitives et, dans les pratiques religieuses, par l’institution de la plupart des confréries corporatives, dont l’influence fut aussi heureuse qu’étendue. Il n’est pas trop invraisemblable de rattacher à celte époque le premier fonctionnement de celle de Saint-Bonaventure, la plus célèbre et la plus recherchée de toutes. Seuls les jeunes hommes de bourgeoisie lyonnaise y étaient admis, avant leur mariage : chaque année, le 6 juin, sous la présidence du Prévôt des marchands ou de l’un des Échevins, on procédait à l’élection de quatre courriers et cette charge, quoique dispendieuse à cause des frais qu’elle entraînait, pour la fête et l’Octave, était fort ambitionnée ; elle était le premier degré à franchir, avant d’atteindre aux dignités communales.

Buste-reliquaire donné par Anne de France, dame de Beaujeu.

Les troubles de la Réforme, les guerres civiles qu’ils provoquèrent, les dévastations dont se rendirent coupables, à Lyon, ses bandes de soldats et des ministres, tels que Viret et Jacques Ruffy, changèrent en deuil ce concours et ces joies. Les fureurs huguenotes s’abattirent, comme une trombe néfaste, sur les couvents et les églises. Les Cordeliers furent parmi les victimes les plus persécutées ; on pilla leur cloître ; on mutila, dans les chapelles, les statues qui les décoraient ; on souilla les autels ; on jeta au feu les tableaux, les missels et les ornements ; vainement on avait enfoui les ossements de saint Bonaventure ; la cachette fut découverte et les reliques précipitées dans le Rhône ; le buste demeura introuvable, malgré des fouilles acharnées ; furieux de leur déconvenue, les Huguenots se saisirent du Père Gardien, qui n’avait pas fui, avec ses compagnons, ils l’enfermèrent, sans nourriture, dans la chambre même du trésor, et menacèrent de le laisser