Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome II.djvu/450

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histoire des églises et chapelles de lyon

complète et si enthousiaste. Les douze petites chapelles, adossées aux piliers, furent supprimées ; la mesure était sage, quoiqu’elle ait soulevé de vives récriminations de la part des confréries, qui s’en regardaient un peu comme propriétaires. Elles étaient encombrantes ; chacune d’entre elles se composait d’un autel, débordant la colonne, qu’un tableau de plus ou moins grande dimension surmontait et qu’une balustrade environnait, le protégeant contre les allées et venues des passants ; cela prenait un espace qu’on regrettait de perdre, les jours d’affluence extraordinaire.

Moins de dix années suffirent à bouleverser, de fond en comble, ou plutôt à anéantir, ce que tant de générations monacales, pendant cinq siècles et demi, avaient édifié et maintenu ; les lois décrétèrent la nationalisation des biens ecclésiastiques et la suppression des ordres religieux : les Cordeliers, expulsés de leur asile, se dispersèrent au hasard d’une vie errante et inoccupée ; la spéculation survint, elle acheta en bloc et revendit en détail, perça des rues, transforma les lieux, au point de les rendre méconnaissables. Dès fructidor 1796, le citoyen Joseph Villette avait remplacé les fils de saint François.

Il serait plein d’intérêt de pouvoir dire avec quels sentiments, déjà diminué en nombre et touché par un relâchement visible dans les observances extérieures, le couvent accueillit la constitution, ses réformes, ses empiétements, ses exécutions. Aucun document n’existe, en dehors des procès-verbaux de visites et d’inventaires par la commission municipale : nous tâcherons au moins de ne rien négliger de ce qu’ils nous apprennent. Rappelons, pour mémoire, que les électeurs des trois ordres, réunis pour la nomination des députés aux États généraux, tinrent leurs assemblées plénières dans l’église Saint-Bonaventure, les 14 et 28 mars, et le 4 avril 1789 ; le tiers-état y siégea, en particulier, pour toutes ses réunions, tandis que les Confalons étaient réservés au clergé et la salle du Concert livrée à la noblesse. C’était comme le lever de rideau, avant la pièce principale, qui se jouera à Versailles ; cependant, à plus d’un signe, les esprits politiques augurèrent que les sophismes, dont l’opinion était nourrie, seraient plus indéracinables et non moins dangereux que les abus qu’elle flétrissait. Un curé de campagne, Souchon de Saint-Genis l’Argentière, plus que suspect par ses pratiques d’un jansénisme outré, débita, dans la chaire, une apologie du mariage des prêtres qu’applaudit une bonne partie du Tiers ; dans la discussion du cahier de leurs doléances, les ecclésiastiques furent impuissants à imposer silence à quelques-uns d’entre eux, plus exaltés qu’influents, mais qui usèrent de violence, pour expulser un des vicaires généraux de l’archevêché. Les hommes sages regrettèrent, plus que jamais, l’absence inexplicable de Mgr de Marbeuf, abandonnant à deux représentants, les abbés Bonnaud et Hémey, qui ne s’accordaient, ni de pensées, ni de vues, l’administration diocésaine et surtout la direction de la mentalité publique, à une heure aussi critique.

Conformément aux lois, votées, le 28 octobre 1789, sur la suspension des vœux, et, le 13 février 1790, sur la suppression des communautés, trois délégués du district se présentèrent, le 4 juin 1790, aux Cordeliers, et demandèrent un état général de la maison, de ses rentes et de ses dettes. Le P. Procureur, Dumont, leur remit entre les mains, le tableau de l’actif et du passif, avec un registre, où il inscrivait les dépenses débouche quotidiennes.