Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome II.djvu/464

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histoire des églises et chapelles de lyon

après avoir éprouvé un récent échec dans ses démarches. « L’espoir de commencer de jour en jour les réparations de l’église, dit-il, nous a retardé dans les renseignements que nous aurions pu donner à Votre Éminence. Depuis près de six mois, nous sollicitons sans rien finir. L’acquéreur du terrain, près le clocher, nous dispute son escalier et son entrée ; un second acquéreur a élevé, à gauche du clocher, une maison adossée également au mur, sans laisser les écoulements des eaux et obstruant les jours… M. le Maire nous annonce ne pouvoir rien donner, cette année, ni donner sans l’agrément de son Excellence le ministre de l’Intérieur. Le toit est dans le plus mauvais état, une partie sur la nef du chœur étant déjà affaissée, ce qui laisse tout à craindre pour les pluies d’hiver. Néanmoins notre grand désir serait de pouvoir y dire la messe, les dimanches, après la nouvelle année, temps auquel il n’y aura plus de locataires, nous supplions donc votre Éminence de s’intéresser auprès de son Excellence le ministre de l’Intérieur et de lui présenter l’urgence des réparations et le vœu de tous les paroissiens. »

Il est probable qu’avec la nouvelle année les locataires déguerpirent, mais l’argent ne vint pas. On piétinait sur place, malgré soi, lorsqu’un coup de tonnerre éclata soudain, il fit se redresser et courir les moins agiles à marcher. Il n’y a pas d’autre mot pour traduire l’expression de stupeur instantanée, causée par l’ordre précis, que le Cardinal chargea un des fabriciens de Saint-Bonaventure de porter à ses collègues. On était exactement au 10 janvier ; M. Dupré se présentait avec le bureau de l’Antiquaille ; les compliments de courtoisie échangés, l’archevêque l’interpelle et le questionne sur l’état de l’église ; mécontent et irrité de la réponse, qu’il n’entend pas jusqu’au bout, avec une vivacité qui enlevait toute douceur et tout agrément à son commandement : « Quoi donc, s’écrie-t-il, le sanctuaire n’est pas débarrassé ! Aucun ouvrage n’est commencé ! Je vous préviens, Monsieur Dupré, que je veux y dire la messe dans vingt jours. » La dignité de l’interlocuteur et le ton du discours ne souffraient pas de réplique ; aussitôt le vieux temple fut transformé en un vaste chantier, où terrassiers, maçons, charpentiers, tailleurs de pierre, s’installèrent à la fois. Les délibérations du conseil nous apprennent qu’il tenait séance deux fois par semaine « pour accélérer l’ouvrage ». On eut aussi beaucoup à se louer de la confrérie du Saint-Sacrement et de ses courriers, qui déployèrent un zèle plein d’à-propos. Le curé se réserva la construction de l’autel ; un peu contre le gré de M. Lenoir, architecte, il désira lui donner des proportions énormes, l’orner de deux gradins et l’appuyer au fond de l’abside, à la mode italienne, tel à peu près qu’il l’avait admiré pendant son vicariat. De là, surgit un désaccord assez fâcheux, qui prit fin maladroitement, et ne s’assoupit que grâce à la modération et au silence de M. Pascal. En pasteur, plus soucieux du bien de ses ouailles que de ses goûts et de son droit personnel, il cicatrisa au plus vite les piqûres de son amour-propre et ajouta à ses autres fatigues la quête pour une cloche ; il visita de préférence les marchands étalagistes des boucheries de l’Hôtel-Dieu et parvint à réunir à peu près la moitié de la somme, prévue dans le marché, avec le fondeur, M. Frère-Jean. On ne tarda pas de recevoir notification que Son Éminence avait fixé sa visite au 13 février. Les efforts se multiplient ; un jour on obtient de s’adjuger une modeste chaire, déposée dans une des salles de l’hôpital, un autre jour.