Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome II.djvu/492

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
468
histoire des églises et chapelles de lyon

chef de la Sainte Famille. À la chapelle de la Vierge, qui possédait un retable, il avait placé les vitraux qui manquaient ; celle de saint Joseph, éclairée par de magnifiques verrières, recevra le retable, dont elle est dépourvue, mais le donateur le désire aussi riche, aussi somptueux que possible ; il rêve d’un chef-d’œuvre d’art chrétien. Son attente n’a pas été déçue, ni ses libéralités gaspillées. M. Louis Benoît, héritier du talent de son père et de son grand-père, aussi bien que de leur titre d’architecte de l’église, prêta son imagination et ses crayons ; ses collaborateurs, Delorme, Fontanet Visconti, leur expérience et leur ciseau. L’œuvre est dessinée dans le plus pur style du xve siècle ; autel et retable sont sculptés dans un marbre blanc, où la flamme des cierges attache des reflets d’or. L’autel, très riche d’ornementation, est décoré d’arcatures à volutes et de contreforts à clochetons ; le devant du tombeau est rempli par la scène de la mort de saint Joseph, entre la Vierge qui prie à genoux et le Christ, qui soulève la tête de son père adoptif. Deux étages, divisés par une frise de feuilles de chardon, contiennent, chacun, deux niches, couronnées par une ogive aux délicats menaux, où figurent des scènes évangéliques de l’Enfance : à gauche, le mariage et la fuite en Égypte, à droite le songe et l’atelier du charpentier. Au centre, en retrait du tabernacle, séparée des autres par des montants, relevés de pinacles, et des panneaux où courent des entrelacs de cordelette, la niche principale abrite la statue du charpentier nazaréen, tenant l’Enfant Jésus, endormi dans ses bras, le front appuyé sur son épaule. Cette œuvre, dont l’auteur est M. Delorme, un Forézien de Sainle-Agathe-en-Donzy, élève de Bonnassieux, témoigne d’une conception délicate et d’une savante exécution. Le motif, qui la surmonte, est l’apothéose de l’humble et sublime ouvrier, au sein de l’Auguste Trinité : entouré d’anges, dont les uns soutiennent son trône, dont les autres jouent du luth et de la cithare, le Père Éternel bénit ; au-dessous, Jésus-Christ et sa Mère élèvent la couronne, destinée au plus vigilant des pères, au plus aimé des époux, et l’Esprit-Saint, sous la forme de la colombe allégorique, plane dans ce rayonnement d’immortelle gloire. M. Fontan a su trouver, pour tous les personnages, des altitudes vraies, des physionomies justes ; il a cherché le fini jusque dans les moindres détails de la pose et du costume, partout il s’est inspiré d’un sincère sentiment religieux. À côté de lui, M. Visconti a prouvé une habileté de praticien, poussée aux dernières limites ; cet immense bloc de marbre, il l’a, pour ainsi dire, métamorphosé en une merveilleuse et légère dentelle, tant il l’a creusé avec souplesse, tant il a ajouré ses multiples clochetons, ses gables, ses flèches et ses dais. D’aucuns prétendent qu’il n’y a rien de plus achevé dans l’église.

Mgr Coullié, intronisé, depuis trois mois à peine, dans la chaire archiépiscopale, vint bénir ce monumental ex voto. C’était sa première visite à Saint-Bonaveniure. Le mardi, 19 décembre 1893, il fut reçu, par M. le Curé, entouré des fabriciens et d’un nombreux clergé, il fut complimenté avec un tact et un à-propos charmants. « Il nous plaît, lui dit M. Méchin, de reconnaître en votre personne, sinon le successeur de notre cardinal, saint Bonaventure, au moins son héritier. Les tendresses de son âme, les lumières de son intelligence, l’onction de sa piété, son amour pour les pauvres et les petits, ne vous les a-t-il pas légués ? Et la légende de vos armes n’est-elle pas le résumé complet de sa vie ? Obéir et aimer : Obedientia et dilectio, a-t-il fait autre chose ? et si notre auguste patron n’a