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histoire des églises et chapelles de Lyon

la pharmacie était pour la maison une ressource, et fournissait l’entretien d’une ou deux sœurs. On n’y préparait que des remèdes simples et d’une efficacité éprouvée. Les sœurs avaient même la propriété de plusieurs recettes importantes qui avaient de la vogue. L’assemblée ou conseil du o mai accepta avec reconnaissance un remède contre la rage qui fut enseigné et offert par le commandeur-curé de Saint-Georges. Or, la vente des remèdes éveilla la susceptibilité des apothicaires de la ville, et, dès 1690, la pharmacie des sœurs fut attaquée. Les supérieurs, par crainte et par prudence, interdirent la vente des remèdes ; mais les Dames ayant fait comprendre à M. Cornier, visiteur, le préjudice que celle mesure causait à l’œuvre, celui-ci promit de plaider leur cause, dès son retour h Saint-Lazare de Paris. Mme Pichon, énergique malgré sa vieillesse, s’indigna de ce qu’elle appelait hésitation et faiblesse ; elle menaça de révoquer la fondation qu’elle avait faite. La supérieure générale, émue de tant de plaintes, permit alors un débit modéré des remèdes en faveur des Dames de la société et de leur famille. C’est alors, en 1698, que Mme Pichon fit la déclaration dont il a été question, pour rétracter ce qu’elle aurait pu faire de contraire à la fondation.

Il était cependant difficile de se renfermer dans les limites assignées ; on s’en écarta peu à peu et on finit par reprendre l’habitude de vendre des remèdes à tous indistinctement. Pendant longtemps les apothicaires semblèrent en prendre leur parti. Mais, en 1763, une plainte fut déposée contre les pharmacies des Marmites du Doyenné, de Saint-Paul et de Saint-Pierre-le-Vieux. Elles furent défendues par les curés des paroisses intéressées, et, malgré cela, condamnées, le 7 février 1763, chaque maison à 100 livres d’amende et aux dépens. Cependant « les sœurs furent maintenues dans leur titre et qualité de sœurs de la Charité, et, en conséquence, dans le droit et faculté de composer et distribuer gratuitement aux pauvres les remèdes à eux nécessaires ». Une troisième attaque eut lieu en 1789 ; pour parer le coup qui, cette fois, aurait pu être fatal aux pharmacies, les Dames de Sainte-Françoise, chargèrent un savant théologien, M. Jacques, de rédiger un mémoire qui fut présenté à l’archevêque, Mgr de Marbœuf, et au doyen du chapitre. La Révolution qui survint rendit ces précautions inutiles.

D’autres difficultés se présentèrent du côté des hôpitaux de Lyon. Les recteurs de l’Hôtel-Dieu et ceux de la Charité qu’on appelait aussi l’Aumône générale, ne voyaient pas de bon œil une œuvre qui était pour eux une rivale, et attirait à elle les ressources qui leur semblaient destinées. L’Hôtel-Dieu manifesta son mauvais vouloir et prétendit, en 1690, racheter par le paiement du capital les rentes annuelles el perpétuelles qu’il avait à servir aux Dames de Sainte-Françoise : il échoua, car les rentes n’étaient pas rachetables. Trois ans plus tard les recteurs arrêtèrent qu’ils ne recevraient plus les pauvres malades de Saint-Pierre-le-Vieux, Sainte-Croix et Saint-Georges et qu’il ne leur serait plus accordé de remède. Cette mesure cependant ne fut pas mise à exécution par crainte de l’indignation générale. Un nouveau conflit survint au sujet des quêtes. L’Hôtel-Dieu faisait quêter tous les deux ans, à la mi-carême ; les Dames de Sainte-Françoise ou sœurs de la Marmite, se permettaient d’en faire autant, à l’époque de la fête de sainte Françoise qui coïncidait parfois avec la quête de l’Hôtel-Dieu. Les recteurs obtinrent du sénéchal de