Page:Martin du Gard - Le Pénitencier.djvu/159

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maman, je vous assure que rien de tout ça n’est sa faute. Moi non plus je ne suis pas toujours gentille, et je suis tellement gênante pour elle, ça se comprend ! Mais je suis grande maintenant, je ne peux plus vivre comme ça. Non, je ne peux plus », reprit-elle en serrant les lèvres. « Je veux travailler, gagner ma vie, ne plus être à la charge de personne. Voilà pourquoi je suis venue, tante Thérèse. Je n’ai que vous. Comment voulez-vous que je fasse ? Aidez-moi seulement quelques jours, tante Thérèse ? Vous seule pouvez m’aider. »

Mme de Fontanin était trop émue pour répondre. Eût-elle jamais cru que cette enfant lui deviendrait un jour si chère ? Elle la considérait avec une tendresse dont elle savourait elle-même la douceur, et qui calmait ses propres souffrances. Moins jolie qu’autrefois peut-être ; la bouche abîmée par une éruption de petits boutons de fièvre ; mais ses yeux ! des yeux d’un gris bleu assez foncé, et qui étaient presque trop vastes, trop ronds… Quelle loyauté, quel courage, dans leur limpidité !

Lorsqu’elle put sourire :

— « Ma chérie », dit-elle en se penchant,