Page:Martin du Gard - Le Pénitencier.djvu/167

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elle, ce fauteuil qu’il aimait, dans lequel il venait toujours s’asseoir lorsqu’il boudait ; et, sur le conseil d’Antoine, elle avait remplacé l’ancien lit de Jacques par un canapé-lit tout neuf, qui, replié dans le jour, donnait à la pièce la gravité d’un cabinet de travail.


Gisèle, délaissée depuis deux jours, enfermée dans sa chambre avec des devoirs à faire, ne pouvait fixer son attention sur ses cahiers. Elle mourait d’envie de voir ce qui se faisait en bas. Elle savait que son Jacquot allait revenir, que tout ce branle-bas avait lieu à cause de lui ; et, pour calmer ses nerfs, elle tournait en rond dans sa prison.

Le troisième matin, le supplice devint intolérable et la tentation fut si forte, qu’à midi, voyant que sa tante ne remontait pas, sans réfléchir davantage, elle s’échappa et descendit l’escalier quatre à quatre. Justement Antoine rentrait. Elle éclata de rire. Il avait le don de provoquer chez elle, dès qu’il la regardait d’une certaine façon imperturbable et féroce, d’irrésistibles fous-rires qui se prolongeaient d’autant qu’Antoine conservait plus longtemps son sérieux, et