Page:Martin du Gard - Le Pénitencier.djvu/170

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dans l’antichambre et songea qu’elle avait oublié l’heure. Pendant ce temps Gisèle avait fait le tour des autres pièces, et, incapable de contenir sa joie, s’était mis à danser en battant des mains.

— « Dieu bon ! » murmura Mademoiselle en sautant à terre. Dans une glace elle aperçut, les cheveux flottant au vent des fenêtres ouvertes, sa nièce qui bondissait sur place comme un chevreau, en glapissant à tue-tête :

— « Vive les courants d’air-rrr-e ! Vive les courants d’air-rrr-e ! »

Elle ne comprit pas, ne chercha pas à comprendre. L’idée que la fillette avait pu être amenée là par la désobéissance ne lui vint même pas à l’esprit ; elle avait depuis soixante-six ans l’habitude de se plier aux jeux de la fatalité. Mais, en un clin d’œil, elle dégrafa sa pèlerine, se précipita sur l’enfant, l’enveloppa tant bien que mal dans la capuche, et, l’entraînant sans un mot de reproche, lui fit remonter les deux étages plus vite que la petite ne les avait descendus. Elle ne reprit sa respiration qu’après avoir couché Gise sous une couver-