Page:Mary Wollstonecraft - Défense des droits des femmes (1792).djvu/153

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
(113)

gradées par la même propension à jouir du moment présent, et qu’enfin elles méprisent la liberté, n’ayant pas assez de vertu pour s’efforcer même d’y prétendre.

On permet unanimement de cultiver le cœur des Femmes ; mais quand à l’esprit, on ne veut pas qu’elles puissent jamais passer la ligne de démarcation établie entr’elles et les hommes[1]. Toute leur raison doit être en agrément, et c’est la réduire à très-peu de chose ; car en leur refusant le jugement et le génie, il est assez difficile de deviner ce qui reste pour caractériser l’intelligence. Le tissu de l’immor-

  1. Dans quelles inconséquences les hommes ne tombent-ils pas lorsqu’ils s’écartent des principes ! On ne cesse de comparer les Femmes aux anges ; cependant des êtres d’un ordre supérieur, doivent avoir plus d’intelligence que l’homme ; il faut absolument le supposer, car autrement en quoi consisteroit leur supériorité ? C’est aussi pour se moquer qu’on attribue aux Femmes plus de sensibilité, de piété, de bienveillance : J’en doute, quoiqu’on puisse le dire, par courtoisie, à moins que l’ignorance ne soit la mère de la dévotion ; car je suis fermement persuadée que la proportion entre les vertus et les lumières, est plus égale que ne le croit communément.