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à vau-le-nordet

c’est au point de vue historique que j’entends me placer. Nous connaissons nos contemporaines, mais il est curieux de savoir ce qu’étaient nos « aïeuses ».

Bacqueville de la Potherie, dans son Histoire de l’Amérique septentrionale, ne tarit pas d’éloges sur le compte des Canadiennes de son temps :

Elles ont de l’esprit, de la délicatesse, de la voix et beaucoup de disposition à danser. Comme elles sont sages naturellement, elles ne s’amusent guère à la bagatelle, mais quand elles entreprennent un amant, il leur est difficile de ne pas en venir à l’hyménée.

Vous entendez ? De l’esprit, de la délicatesse, de la sagesse, de la voix et beaucoup de disposition à danser, voilà qui compte ! Le reste, bagatelle ! Il faut convenir que leurs sœurs d’aujourd’hui n’ont pas dégénéré et que leurs « entreprises » sont généralement couronnées de succès.

Un enseigne de vaisseau, du nom de Parscau Duplessis, qui passa tout juste trois semaines au Canada, en 1756, se mêle d’affirmer, avec l’assurance présomptueuse du blanc-bec, que les Canadiennes ne sont guère mieux que les sauvagesses. Il fait exception pour Madame Péan qu’il dit fort jolie. — C’était aussi l’avis de M. Bigot ! — Il daigne bien reconnaître que les Canadiennes sont vives et spirituelles, mais, à la faveur de ce compliment, il débine odieusement les dames de Kébec, prétendant qu’il en a remarqué très peu de jolies et qu’elles ont le teint noir et basané comme dans la Bohême.