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félix maderleau

l’Université. Il s’était d’abord destiné au notariat et, après deux années de cléricature, avait embrassé l’art dentaire. Mais il avait embrassé sans étreindre puisque, délaissant bientôt le davier, il était entré à la rédaction de « La Lune » pour, de là, échouer au Parlement où l’avait casé un oncle député.

Avec son fatras scientifique et son érudition superficielle, avec sa faconde et sa prodigieuse mémoire, Félix Maderleau donnait à ceux qui n’étaient pas sur leurs gardes l’illusion d’un dialecticien rigoureux au service d’une science profonde. Son talent versatile et sa mémoire rétentive avaient absorbé beaucoup sans rien assimiler. Il savait très peu de chose sur une foule de sujets, bagage diffus, indigeste, emmêlé, incohérent, qui faisait de lui une bibliothèque renversée. Il discutait, dissertait, pointillait, philosophait de omni re scibili et quibusdam aliis. C’était un dicton courant que Félix aimait mieux discuter que manger : cela tournait à la manie. Il recherchait la discussion, et s’il y eut jamais quelque chose qui le démâtât ce fut de rencontrer quelqu’un qui dit comme lui.

Il affectait surtout le paradoxe, le tour de force, mais plutôt par tempérament que pour épater la galerie ou boucher un coin au bourgeois.

Je le trouvais, pour ma part, fort amusant et ne pouvais m’empêcher d’admirer son esprit critique