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à vau-le-nordet

de deux comptoirs-vitrines et de rayons adossés aux murs où s’étalait la marchandise. L’autre pièce, en arrière, aussi longue que la première et plus large, servait de tabagie. C’est là que les chalands ou les habitués siégeaient, lisaient les journaux, causaient, choquaient des idées à travers le sobre ameublement de bancs, de chaises et de deux tables chargées de journaux et de revues. Appendues aux murs, des lithographies de sir Wilfrid Laurier, de sir Adolphe Chapleau, des cardinaux Taschereau et Bégin, du maire Parent, principales gloires kébécoises. Le choix dénotait assez le souci de ne pas prendre parti en politique ou en religion.

Au mur du fond, sur une tablette, trônait, suivant la meilleure tradition locale, la statue d’un Sacré-Cœur au pied de laquelle brûlait un lampion, tout comme chez Paquet, Laliberté, le Syndicat et la plupart des boutiques kébécoises. Passe encore que la fumée des pipes serve d’encens, mais on assimile plus difficilement aux oraisons jaculatoires les jurons ou les obscénités d’une tabagie publique.

Nous avions dénoncé au patron la laideur profanatrice et l’apparence simoniaque de cette exhibition, mais il s’était contenté de répondre sentencieusement : Malheur à celui par qui le scandale arrive !

Maderleau habitait depuis longtemps Kébec où il avait fait ses études au Petit Séminaire puis à