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félix maderleau

chose de plus absurde que cette tentative de colonisation — tentative avortée, va sans dire — des « terres neuves » nord-américaines par des latins… L’entreprise était de l’aberration, ni plus ni moins, un véritable crime contre nature dont nous sommes, nous Français du Canada, les malheureuses victimes… Après plus de trois cents ans d’expérience, qui, en effet, osera prétendre que cette tentative de colonisation d’une contrée septentrionale par un peuple du midi est un succès. Qui se leurre encore de l’illusion que le génie latin a rencontré ici un milieu propice et sympathique à l’épanouissement rationnel de ses affinités particulières, que ce génie s’est développé et a évolué suivant sa norme naturelle ?… Et la religion, elle aussi, est venue compliquer l’insoluble problème, perturber l’eurythmie originelle. Car le catholicisme n’est-il pas aussi difficile à acclimater chez les peuples septentrionaux que l’est le protestantisme chez les races méridionales. Scherer l’a dit, le protestantisme est un pays éloigné, plus éloigné de la France et de son tempérament que ne sont des nations séparées par la simple distance… On s’imagine que nos gens s’en vont aux États-Unis « quand les temps sont durs ici ». Si on pénètre au fond des choses, on se convainc aisément que ces treks périodiques des nôtres vers la république voisine sont plus que de simples avatars d’ordre purement économique. La question du pain quotidien