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à vau-le-nordet

l’enfant en lisières ce qu’il pense de l’eugénisme ou du cubisme… Oui, nous sommes des primitifs ; notre peuple est encore dans ses langes. Notre survivance physique et matérielle sollicite et accapare toutes nos énergies vitales. Primo vivere !… Pour me servir d’un canadianisme, nous ne sommes pas encore sortis du bois, tant s’en faut. La consigne plus que jamais est de durer et s’il convient d’écrire c’est parce que c’est là une façon de durer… Et nous donnerions dans le byzantinisme d’école alors que notre génie particulier, qui devra différer par certains côtés du génie français, est tout au plus en gestation, quand il faut des siècles pour fixer ce génie et quand toutes sortes d’avatars politiques, loin de favoriser cette évolution nécessairement lente, sont venus la retarder en la compliquant ! C’est de la puérilité, sinon de la démence !… Notre suffisance nationale prétendrait-elle s’attribuer le fini et la perfection de peuples dont des siècles de culture intensive ont façonné le génie ? L’enfant se traîne à croupetons avant de marcher. Il faudrait plutôt se méfier d’une littérature comme la nôtre qui montrerait un lustre prématuré. Je redouterais de l’artifice… Je veux qu’un enfant ait les qualités de son âge, bonnes et mauvaises. Rabelais n’écrit pas comme Anatole France, ni Villon comme Rostand… Notre faculté la plus affinée est la plus enfantine des facultés : la vue, la grande pourvoyeuse de sensations pour l’âme encore en-