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PRÉFACE

Vaugirard, étaient frappés de l’aspect insolite d’une fenêtre illuminée au milieu des façades noires. Ils se demandaient quelle fête tardive s’y donnait ? C’était la fête des sons et des harmonies qu’un prestigieux maître menait en une ronde charmante. L’heure avait sonné où Massenet avait accoutumé de gagner sa table de travail. Alors commençait la merveilleuse incantation. La Muse se posait près de lui, lui soufflait à l’oreille et, sous la main blanche et nerveuse de l’artiste, naissaient les chants de Manon, de Charlotte, d’Esclarmonde…

La lueur s’est éteinte. La fenêtre ne brillera plus sur le jardin.

Celui qui a guidé toute une génération musicale vers le beau est mort. Le gardien du feu n’est plus. Malgré les hululements sinistres des oiseaux nocturnes — musiciens envieux — qui battaient de l’aile contre la cage de verre dont il entretenait le feu central, son œuvre continuera de briller éternellement.

Cet œuvre, en effet, est gigantesque. Si Massenet a connu le triomphe et la gloire,