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MES SOUVENIRS
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breux, si enthousiastes, que l’on finit par me rappeler aussi. Comme je ne paraissais pas, par la bonne raison que je n’étais pas là, et ne pouvais non plus être présenté au prince de Galles qui voulait me féliciter, le directeur ne trouva que ce moyen pour m’excuser auprès du prince et du public. Il s’avança sur la scène et dit : « M. Massenet est en train de fumer une cigarette dehors ; il ne veut pas venir ! »

C’était sans doute la vérité, mais « toute vérité n’est pas bonne à dire » !!!

Je repris le bateau avec ma femme et mon cher éditeur, Heugel, ainsi qu’avec Adrien Bernheim, commissaire général du gouvernement auprès des théâtres subventionnés. Ce dernier, qui avait honoré la représentation de sa présence, devait rester depuis lors pour moi l’ami le plus charmant et le plus précieux.

J’appris que S. M. la reine Victoria avait demandé à Emma Calvé de venir à Windsor lui jouer la Navarraise, et je sus qu’on avait improvisé dans le salon même de Sa Majesté une mise en scène des plus pittoresques, sinon primitive. La barricade qui est le sujet du décor fut figurée par une quantité d’oreillers et d’édredons. Ce détail, mes chers enfants, m’a paru fort amusant à vous rapporter.

Ai-je dit qu’au mois de mai qui précéda la Navarraise à Londres (20 juin 1894) l’Opéra-Comique avait représenté le Portrait de Manon, un acte exquis de Georges Boyer, qui fut délicieusement interprété par Fugère, Grivot et Mlle Lainé ?

Dans cet ouvrage reparaissaient plusieurs phrases de Manon. Le sujet me lindiquait, puisqu’il s’agissait de des Grieux, à quarante ans, et d’un souvenir