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MASSENET PAR SES ÉLÈVES
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Et il arrivait qu’on entendît, au milieu de ces capiteux entretiens, discrètement heurter. La porte entrebâillée, un visage passait, un vieux visage à favoris, resplendissant d’un regard divin et d’un large sourire, où l’âme s’offrait. C’était « le père Franck », qui venait — les deux classes ayant beaucoup d’élèves communs, et les heures coïncidant certaines fois — demander si l’un de ces jeunes gens ne consentirait pas à aller lui tenir un peu compagnie devant son orgue, où il se morfondait tout seul.

Gaston Carraud.


10 décembre 1911.

Le maître a toujours gardé à notre endroit, quant à ses œuvres, un silence farouche ; il nous les cachait presque.

Un jour, cédant à nos instances, il voulut bien nous jouer quelques mesures de la danse galiléenne de la Vierge, dont l’orchestration nous avait vivement intéressés. Plus tard, il consentit, non sans s’être fait beaucoup prier, à nous interpréter l’air du ballet en si miyieur d’Hérodiade ; plus tard encore, quelques mesures de Manon qu’il achevait alors ; le récitatif : Je ne suis qu’une pauvre fille. Mais ce fut, en quatre années, tout son apport d’exemples personnels. À ce point de vue, notre curiosité fut toujours déçue. Tel était son souci de nous éloigner des choses de la mode, de faire de nous — au sens le plus hautain, le plus éternel du mot — des musiciens. Ce fut le plus merveilleux éveilleur d’âmes, le plus généreux stimulateur d’énergies et d’imaginations. Les