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MES DISCOURS

C’était donc une sorte de préséance qu’on lui reconnaissait et devant laquelle, d’ailleurs, ses rivaux, qui étaient tous ses amis, s’inclinaient sans la moindre arrière-pensée. Et comment ne l’eût-on pas airné, cet homme qui, en dehqrs de son rare talent, était si excellent, si bon, si aimable pour tous ? Il mettait du charme et de l’esprit, nous dit un de ses biographes, Jusque dans le simple bonjour qu’il vous donnait.

Et voyez, messieurs, comme le génie rayonne éternellement à travers les siècles. Voilà cent trente années que Méhul naquit dans cette ville de Givet, et son souvenir y grandit toujours. Aujourd’hui, c’est l’apothéose ; et nous voici tous réunis autour de la statue que viennent de lui ériger ses concitoyens reconnaissants. Rendons homniage à la forte volonté de votre maire, M. Lartigue, qui a mené à bien cette entreprise, et au talent du sculpteur. M. Croisy, qui nous rend si vivante cette image chère et glorieuse.

Non seulement, par cette belle manifestation, vous honorez la mémoire de Méhul, mais vous vous honorez grandement vous-mêmes, et vous honorez la France aussi. Il ne saurait nous déplaire qu’à l’extrémité de notre pays et sur sa limite même, ce soit tout d’abord la statue d’un musicien illustre qu’on découvre en entrant chez nous. C’est comme une étiquette d’art donnée à la patrie ; c’est plus encore quand ce musicien s’appelle Méhul et qu’il a écrit le Chant du départ — ce frère jumeau de notre Marseillaise — qui retentit si souvent à l’heure du danger parmi les armées de la première République.

Tournez-la donc du côté de la frontière, la statue du musicien patriote dont les chants enflammés en-