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MES DISCOURS

Cependant, un musicien déjà — mais celui-là de haute taille et de grande envergure — s’est ainsi trouvé à votre tête, en pleine Sorbonne cette fois, pour célébrer, en 1895, le glorieux centenaire de l’Institut de France. C’était mon maître vénéré Ambroise Thomas. Certains de ceux qui sont ici se rappellent assurément sa noble figure, sa belle tenue, la sobriété et l’élévation de son éloquence, en cette solennelle circonstance. Avec l’émotion du souvenir et du culte reconnaissant que je lui dois, vous me permettrez de me placer ici sous sa protection.

Pour chanter dignement nos cinq Académies, il eût fallu cette lyre antique à cinq cordes, que les hellénistes appellent pentacorde. Je n’en ai pas trouvé, par l’excellente raison que c’est là, paraît-il, un instrument presque fabuleux et que l’on n’est même pas certain qu’il ait existé. Si M. Henri Weil, le premier de vos confrères dont nous aurons à déplorer la perte, était parmi nous, il aurait pu d’une science sûre élucider cette question délicate. Mais voici l’an révolu déjà depuis que l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a perdu ce grand professeur qui était son doyen, étant né en 1818, à Francfort-sur-le-Mein, alors ville libre. Ses études de prédilection le reportaient toujours vers la Grèce antique. Il était comme un Hellène attardé parmi nous, le huitième sage, et se plaisait à vivre dans la rare compagnie d’Eschyle, d’Euripide et de Démosthène, dont il a commenté les œuvres dans des éditions restées fameuses.

En 1848, ne pouvant remonter le cours des temps pour devenir citoyen de l’ancienne Athènes, il choisit la nationalité française sans doute parce qu’il la jugea,