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huit prisonniers qui étaient restés en vie, de trente qui étaient demeurés dans le fort, savoir, quatre Français et quatre Hurons. Ils en trouvèrent deux parmi les morts, qui n’avaient pas encore expiré ; ils les firent brûler inhumainement.

Ayant fait le pillage, ils dressèrent un grand échafaud sur lequel ils firent monter les prisonniers, et pour marque de leur perfidie, ils y joignirent ceux qui s’étaient rendus volontairement. Ils tourmentèrent cruellement les uns et les autres. Aux uns ils faisaient manger du feu ; ils coupaient les doigts aux autres, ils en brûlaient quelques-uns ; ils coupaient à d’autres les bras et les jambes. Dans cet horrible carnage, un Oneiouteronnon tenant un gros bâton s’écrie à haute voix : Qui est le Français assez courageux pour porter ceci ? À ce cri, un de nos compatriotes, qu’on estime être René [1], quitte généreusement ses habits pour recevoir à nu les coups que l’autre voudrait lui donner. Mais un Huron, nommé Annieouton, prenant la parole, dit à l’Iroquois : Pourquoi veux-tu maltraiter ce Français qui n’a jamais eu que de la bonté pour toi ? — Il m’a mis les fers aux pieds, dit le barbare. — C’est pour l’amour de moi, réplique Annieouton, qu’il te les a mis, ainsi décharge sur moi ta colère et non sur lui. Cette charité adoucit le barbare, qui jeta son bâton sans frapper ni l’un ni l’autre.

Cependant, les autres étaient sur l’échafaud où ils repaissaient les yeux et la rage de leurs ennemis, qui leur faisaient souffrir mille cruautés accompagnées de brocards. Aucun ne perdit la mémoire des bonnes instructions que le père qui les avait gouvernés leur avait données. Ignace Thaouenhohoui commença à haranguer tout haut ces captifs. « Mes neveux et mes amis, dit-il, nous voilà tantôt arrivés au terme que la foi nous fait espérer. Nous voilà presque rendus à la porte du paradis. Que chacun de nous prenne garde de faire naufrage au port. Ah ! mes chers

  1. René Doussin