Page:Maupassant, Des vers, 1908.djvu/159

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Que de baiser son corps mignon, rose de vie,
Et son ventre à fossette, et ses petits bras nus.
Elle tendait les mains, par les baisers ravie,
Et sa joie éclatait en rires continus.

Quand elle put enfin s’en aller par les rues,
Posant l’un devant l’autre, avec de grands efforts,
Ses pieds sur qui roulait et chancelait son corps,
Les femmes l’acclamaient, pour la voir accourues.
Plus tard, vêtue à peine avec de courts haillons,
Montrant sa jambe fine en ses élans de chèvre,
À travers l’herbe haute au niveau de sa lèvre
Elle courut la plaine après les papillons,
Et sa joue attirait tous les baisers des bouches,
Comme une fleur séduit le peuple ailé des mouches.
Quand ils la rencontraient dans les champs, les garçons
L’embrassaient follement de la tête aux chevilles,
Avec la même ardeur et les mêmes frissons
Qu’en caressant le col charnu des grandes filles.
Les vieillards la faisaient danser sur leurs genoux ;
Ils enfermaient sa taille en leurs mains amaigries,
Et pleins des souvenirs de l’ancien temps si doux,
Effleuraient ses cheveux de leurs lèvres flétries.

Bientôt, quand elle alla rôder par les chemins,
Elle eut à ses côtés un troupeau de gamins
Qui fuyaient le logis ou désertaient la classe.
D’un signe elle domptait les petits et les grands,
Et du matin au soir, sans être jamais lasse,
Elle traîna partout ces amoureux errants.
Leurs cœurs, pour la séduire, inventaient mainte fraude.
Les uns, la nuit venue, allaient à la maraude,