Page:Maupassant, Des vers, 1908.djvu/176

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Étalait sa blancheur immobile. Une brise,
Qui paraissait venir du bout du monde, errait
Glaciale, et faisait craquer par la forêt
Les arbres qui dressaient, tout nus, leur forme grise.
Dans le ciel douloureux, la lune, ainsi qu’un fil
De lumière, indiquait à peine son profil.
La souffrance du froid étreignait jusqu’aux pierres.

Elle marchait, les pieds gelés, et sans songer,
Certaine qu’elle allait trouver le vieux berger,
Et tachant d’un point noir les plaines solitaires.
Mais elle s’arrêta clouée au sol : là-bas,
Sur la neige, couraient deux bêtes effrayantes ;
Elles semblaient jouer et prenaient leurs ébats,
Et l’ombre agrandissait leurs gambades géantes.
Puis, poussant par la nuit leurs élans vagabonds,
Toutes deux, dans l’ardeur d’une gaieté folâtre,
Du fond de l’horizon vinrent en quelques bonds.
Elle les reconnut : c’étaient les chiens du pâtre.

Hors d’haleine, efflanqués par la faim, l’œil ardent
Sous la ronce des poils emmêlés de leur tête,
Ils sautaient devant elle avec des cris de fête
Et ce rire velu qui découvre la dent.
Comme deux grands Seigneurs vont en une province
Quérir et ramener la Belle de leur Prince,
Et, la guidant vers lui, caracolent autour,
Ainsi la conduisaient ces messagers d’amour.

Mais l’Homme qui guettait, debout sur une butte,
Vint, et lui prit le bras en montant vers sa hutte.
La porte était ouverte, il la poussa dedans,
La dévêtant déjà de ses regards ardents,