Page:Maupassant, Des vers, 1908.djvu/175

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Comme un bouquet plus pâle, avec les fleurs d’ajoncs.
Pourtant elle tremblait, sachant sa renommée,
Et malgré le dégoût qu’elle sentait pour lui,
Redoutant son pouvoir occulte, elle avait fui.

Elle erra jusqu’au soir ; mais, à la nuit venue,
Elle s’épouvanta, pour la première fois,
De l’ombre qui tombait sur les champs et les bois.
Alors, en traversant une noire avenue,
Entre les rangs pressés des chênes, tout à coup,
Elle crut voir le pâtre immobile et debout.
Mais, comme elle partit d’une course affolée,
Elle ne sut jamais, dans son effarement,
Si ce qu’elle avait vu n’était pas seulement
Quelque tronc d’arbre mort au milieu de l’allée.

Et des jours et des mois passèrent. Sa raison,
Comme un oiseau blessé qui porte un plomb dans l’aile,
S’affaissait sous la peur incessante et mortelle.
Même elle n’osait plus sortir de sa maison,
Car sitôt qu’elle allait aux champs, elle était sûre
De voir le Vieux paraître au détour d’un chemin ;
Son œil rusé semblait dire : « C’est pour demain »,
Et mettait comme un fer ardent sur la blessure.

Bientôt un poids si lourd courba sa volonté
Qu’en son cœur engourdi de crainte vint à naître
Un besoin d’obéir à la fatalité.
Et, décidée enfin à se rendre à son Maître,
Elle alla le trouver par une nuit d’hiver.

La neige dont le sol était partout couvert