Page:Maupassant, Des vers, 1908.djvu/180

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Il osa seul entrer en face de son crime,
Et, ramassant la morte aimée, il l’apporta,
Pour la leur jeter, nue, et d’un geste d’outrage,
Comme s’il eût crié : « Tenez, je vous la rends ! »
Puis il gagna sa hutte et s’enferma dedans.
On l’y laissa, mordu d’amour, et plein de rage.

Sur la neige gisait le corps éblouissant
Où n’apparaissait plus une goutte de sang ;
Car les chiens, la trouvant immobile et couchée,
L’avaient avec tendresse obstinément léchée.
Elle semblait vivante, endormie. Un reflet
De beauté surhumaine illuminait sa face.
Mais le couteau restait planté, juste à la place
Où s’ouvrait une route entre ses seins de lait.
Sa figure faisait une tache dorée
Sur la blancheur du sol. – Les hommes éperdus
La contemplaient ainsi qu’une chose sacrée !
Et ses cheveux ardents, en cercle répandus,
Luisaient comme la queue en feu d’une comète,
Comme un soleil tombé de la voûte des cieux ;
On eût dit des rayons qui sortaient de sa tête,
L’auréole qu’on met autour du front des dieux !

Mais quelques paysans, des vieux au cœur pudique,
Arrachant de leur dos la veste en peau de bique,
Couvrirent brusquement sa claire nudité,
Et les jeunes, ayant coupé de longues branches,
Construit une civière et retroussé leurs manches,
Par vingt bras qui tremblaient son corps fut emporté !

La foule, sans parole, à pas lents l’accompagne