Page:Maupassant, Des vers, 1908.djvu/57

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UNE CONQUÊTE


 
Un jeune homme marchait le long du boulevard
Et sans songer à rien, il allait seul et vite,
N’effleurant même pas de son vague regard
Ces filles dont le rire en passant vous invite.

Mais un parfum si doux le frappa tout à coup
Qu’il releva les yeux. Une femme divine
Passait. À parler franc, il ne vit que son cou ;
Il était souple et rond sur une taille fine.

Il la suivit – pourquoi ? – Pour rien ; ainsi qu’on suit
Un joli pied cambré qui trottine et qui fuit,
Un bout de jupon blanc qui passe et se trémousse.
On suit ; c’est un instinct d’amour qui nous y pousse.

Il cherchait son histoire en regardant ses bas.
Élégante ? Beaucoup le sont. – La destinée
L’avait-elle fait naître en haut ou bien en bas ?
Pauvre mais déshonnête, ou sage et fortunée ?