Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/159

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LA SERRE.





Monsieur et Mme Lerebour avaient le même âge. Mais monsieur paraissait plus jeune, bien qu’il fût le plus affaibli des deux. Ils vivaient près de Mantes dans une jolie campagne qu’ils avaient créée après fortune faite en vendant des rouenneries.

La maison était entourée d’un beau jardin contenant basse-cour, kiosques chinois et une petite serre tout au bout de la propriété. M. Lerebour était court, rond et jovial, d’une jovialité de boutiquier bon vivant. Sa femme, maigre, volontaire et toujours mécontente, n’était point parvenue à vaincre la bonne humeur de son mari. Elle se teignait les cheveux, lisait parfois des romans qui lui faisaient passer des rêves dans l’âme, bien qu’elle affectât de mépriser ces sortes d’écrits. On la déclarait passionnée sans qu’elle eût jamais rien fait pour autoriser cette opinion. Mais son époux disait parfois : « Ma femme, c’est une gaillarde ! » avec un certain air entendu qui éveillait des suppositions.

Depuis quelques années cependant elle se montrait agressive avec M. Lerebour, toujours irritée et