Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/163

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LA SERRE.

Ils attendirent vingt minutes dans le plus grand silence. Aucun bruit nouveau ne troubla le repos de la maison. Alors, madame, furieuse, regagna son lit en déclarant :

— Je suis sûre pourtant qu’il y avait quelqu’un.

Pour éviter quelque querelle, il ne fit aucune allusion pendant le jour à cette panique.

Mais, la nuit suivante, Mme Lerebour réveilla son mari avec plus de violence encore que la veille et, haletante, elle bégayait :

— Gustave, Gustave, on vient d’ouvrir la porte du jardin.

Étonné de cette persistance, il crut sa femme atteinte de somnambulisme et il allait s’efforcer de secouer ce sommeil dangereux quand il lui sembla entendre, en effet, un bruit léger sous les murs de la maison.

Il se leva, courut à la fenêtre, et il vit, oui, il vit une ombre blanche qui traversait vivement une allée.

Il murmura, défaillant :

— Il y a quelqu’un.

Puis il reprit ses sens, s’affermit, et soulevé tout à coup par une formidable colère de propriétaire dont on a violé la clôture, il prononça :

— Attendez, attendez, vous allez voir.

Il s’élança vers le secrétaire, l’ouvrit, prit son revolver, et se précipita dans l’escalier.

Sa femme éperdue le suivait en criant :

— Gustave, Gustave, ne m’abandonne pas, ne me laisse pas seule. Gustave ! Gustave !

Mais il ne l’écoutait guère ; il tenait déjà la porte du jardin.

Alors elle remonta bien vite se barricader dans la chambre conjugale.

Elle attendit cinq minutes, dix minutes, un quart