Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/183

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UNE SOIRÉE.

elle ne semblait même pas le voir, tout occupée à parler, à soulager son cœur. Et soudain elle pleura. Les larmes lui coulaient des yeux sans qu’elle arrêtât le flux de ses plaintes. Mais les mots avaient pris des intonations criardes et fausses, des notes mouillées, puis des sanglots l’interrompirent. Elle repartit encore deux ou trois fois, arrêtée soudain par un étranglement, et enfin se tut, dans un débordement de larmes.

Alors il la serra dans ses bras, lui baisant les cheveux, attendri lui-même.

— Mathilde, ma petite Mathilde, écoute. Tu vas être bien raisonnable. Tu sais, si je donne une fête, c’est pour remercier ces messieurs de ma médaille du Salon. Je ne peux pas recevoir de femmes. Tu devrais comprendre ça. Avec les artistes, ça n’est pas comme avec tout le monde.

Elle balbutia dans ses pleurs :

— Pourquoi ne me l’as-tu pas dit ?

Il reprit :

— C’était pour ne pas te fâcher, ne point te faire de peine. Écoute, je vais te reconduire chez toi. Tu seras bien sage, bien gentille, tu resteras tranquillement à m’attendre dans le dodo et je reviendrai sitôt que ce sera fini.

Elle murmura :

— Oui, mais tu ne recommenceras pas ?

— Non, je te le jure.

Il se tourna vers M. Saval, qui venait d’accrocher enfin le lustre :

— Mon cher ami, je reviens dans cinq minutes. Si quelqu’un arrivait en mon absence, faites les honneurs pour moi, n’est-ce pas ?

Et il entraîna Mathilde, qui s’essuyait les yeux et se mouchait coup sur coup.

Resté seul, M. Saval acheva de mettre de l’ordre