Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/182

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ŒUVRES POSTHUMES.

merez. Je vous dis que j’ai le génie de l’éclairage. Mais retirez votre habit, sacrebleu ! vous avez l’air d’un larbin.

La porte s’ouvrit brutalement ; une femme parut, les yeux brillants, et demeura debout sur le seuil.

Romantin la considérait avec une épouvante dans le regard.

Elle attendit quelques secondes, croisa ses bras sur sa poitrine ; puis d’une voix aiguë, vibrante, exaspérée :

— Ah ! sale mufle, c’est comme ça que tu me lâches ?

Romantin ne répondit pas. Elle reprit :

— Ah ! gredin. Tu faisais le gentil encore en m’envoyant à la campagne. Tu vas voir un peu comme je vais l’arranger ta fête. Oui, c’est moi qui vais les recevoir tes amis…

Elle s’animait :

— Je vais leur en flanquer par la figure des bouteilles et des bougies…

Romantin prononça d’une voix douce :

— Mathilde…

Mais elle ne l’écoutait pas, elle continuait :

— Attends un peu, mon gaillard, attends un peu !

Romantin s’approcha, essayant de lui prendre les mains :

— Mathilde…

Mais elle était lancée, maintenant ; elle allait, vidant sa hotte aux gros mots et son sac aux reproches. Cela coulait de sa bouche comme un ruisseau qui roule des ordures. Les paroles précipitées semblaient se battre pour sortir. Elle bredouillait, bégayait, bafouillait, retrouvant soudain de la voix pour jeter une injure, un juron.

Il lui avait saisi les mains, sans qu’elle s’en aperçût ;