Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/186

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ŒUVRES POSTHUMES.

Une vieille femme, un balai à la main, le regardait d’un air furieux. À la fin, elle prononça :

— Salop, va ! Salop ! Si c’est permis de se soûler comme ça !

Il s’assit sur son séant, il se sentait mal à son aise. Il demanda :

— Où suis-je ?

— Où vous êtes, salop ? Vous êtes gris. Allez-vous bientôt décaniller, et plus vite que ça ?

Il voulut se lever. Il était nu dans ce lit. Ses habits avaient disparu. Il prononça :

— Madame, je… !

Puis il se souvint… Que faire ? Il demanda :

— Monsieur Romantin n’est pas rentré ?

La concierge vociféra :

— Voulez-vous bien décaniller, qu’il ne vous trouve pas ici au moins !

M. Saval, confus, déclara :

— Je n’ai plus mes habits, on me les a pris.

Il dut attendre, expliquer son cas, prévenir ses amis, emprunter de l’argent pour se vêtir. Il ne repartit que le soir.

Et quand on parle musique chez lui, dans son beau salon de Vernon, il déclare avec autorité que la peinture est un art fort inférieur.


Une Soirée a paru dans le Gaulois du vendredi 21 septembre 1883.