Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/192

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ŒUVRES POSTHUMES.

— Tu… tu… l’as… trompé… tout à fait ?

Elle crut encore qu’il trouvait la chose infiniment plaisante et répondit :

— Oui… tout à fait… tout à fait.

Il fut obligé de s’asseoir dans le lit tant il se sentit saisi, la respiration coupée, bouleversé comme s’il venait d’apprendre qu’il était lui-même cocu.

Il ne dit rien d’abord ; puis, au bout de quelques secondes, il prononça simplement :

— Ah !

Elle avait aussi cessé de rire, comprenant trop tard sa faute.

Leuillet, enfin, demanda :

— Et avec qui ?

Elle demeura muette, cherchant une argumentation.

Il reprit :

— Avec qui ?

Elle dit enfin :

— Avec un jeune homme.

Il se tourna vers elle brusquement, et, d’une voix sèche :

— Je pense bien que ce n’est pas avec une cuisinière. Je te demande quel jeune homme, entends-tu ?

Elle ne répondit rien. Il saisit le drap dont elle se couvrait la tête et le rejeta au milieu du lit, répétant :

— Je veux savoir avec quel jeune homme, entends-tu ?

Alors elle prononça péniblement :

— Je voulais rire.

Mais il frémissait de colère :

— Quoi ? Comment ? Tu voulais rire ? Tu te moquais de moi, alors ? Mais je ne me paye pas de ces défaites-là, entends-tu ? Je te demande le nom du jeune homme ?

Elle ne répondit pas, demeurant sur le dos, immobile.