Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/195

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



L’ATTENTE.




On causait, entre hommes, après dîner, dans le fumoir. On parlait de successions inattendues, d’héritages bizarres. Alors M. Le Brument, qu’on appelait tantôt l’illustre maître, tantôt l’illustre avocat, vint s’adosser à la cheminée.

— J’ai, dit-il, à rechercher en ce moment un héritier disparu dans des circonstances particulièrement terribles. C’est là un de ces drames simples et féroces de la vie commune ; une affaire qui peut arriver tous les jours, et qui est cependant une des plus épouvantables que je connaisse. La voici :

« Je fus appelé, voici à peu près six mois, auprès d’une mourante. Elle me dit :

— Monsieur, je voudrais vous charger de la mission la plus délicate, la plus difficile et la plus longue qui soit. Prenez, s’il vous plaît, connaissance de mon testament, là, sur cette table. Une somme de cinq mille francs vous est léguée, comme honoraires, si vous ne réussissez pas, et de cent mille francs si vous réussissez. Il faut retrouver mon fils, après ma mort.

Elle me pria de l’aider à s’asseoir dans son lit, pour