Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/239

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LE TIC.


Les dîneurs entraient lentement dans la grande salle de l’hôtel et s’asseyaient à leurs places. Les domestiques commencèrent le service tout doucement, pour permettre aux retardataires d’arriver et pour n’avoir point à rapporter les plats ; et les anciens baigneurs, les habitués, ceux dont la saison avançait, regardaient avec intérêt la porte chaque fois qu’elle s’ouvrait, avec le désir de voir paraître de nouveaux visages.

C’est là la grande distraction des villes d’eaux. On attend le dîner pour inspecter les arrivés du jour, pour deviner ce qu’ils sont, ce qu’ils font, ce qu’ils pensent. Un désir rode dans notre esprit, le désir de rencontres agréables, de connaissances aimables, d’amours peut-être. Dans cette vie de coudoiements, les voisins, les inconnus, prennent une importance extrême. La curiosité est en éveil, la sympathie en attente et la sociabilité en travail.

On a des antipathies d’une semaine et des amitiés d’un mois, on voit les gens avec des yeux différents, sous l’optique spécial de la connaissance de villes d’eaux. On découvre aux hommes, subitement, dans