Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/241

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LE TIC.

était petite, fort maigre aussi, fort pâle, avec un air las, fatigué, accablé. On rencontre ainsi des gens qui semblent trop faibles pour les besognes et les nécessités de la vie, trop faibles pour se remuer, pour marcher, pour faire tout ce que nous faisons tous les jours. Elle était assez jolie, cette enfant, d’une beauté diaphane d’apparition ; et elle mangeait avec une extrême lenteur, comme si elle eût été presque incapable de mouvoir ses bras.

C’était elle assurément qui venait prendre les eaux.

Ils se trouvèrent en face de moi, de l’autre coté de la table ; et je remarquai immédiatement que le père avait un tic nerveux fort singulier.

Chaque fois qu’il voulait atteindre un objet, sa main décrivait un crochet rapide, une sorte de zigzag affolé, avant de parvenir à toucher ce qu’elle cherchait. Au bout de quelques instants, ce mouvement me fatigua tellement que je détournais la tête pour ne pas le voir.

Je remarquai aussi que la jeune fille gardait, pour manger, un gant à la main gauche.

Après dîner, j’allai faire un tour dans le parc de l’établissement thermal. Cela se passait dans une petite station d’Auvergne, Châtel-Guyon, cachée dans une gorge, au pied de la haute montagne, de cette montagne d’où s’écoulent tant de sources bouillantes, venues du foyer profond des anciens volcans. Là-bas, au-dessus de nous, les dômes, cratères éteints, levaient leurs têtes tronquées au-dessus de la longue chaîne. Car Châtel-Guyon est au commencement du pays des dômes.

Plus loin s’étend le pays des pics ; et, plus loin encore, le pays des plombs.

Le puy de Dôme est le plus haut des dômes, le pic du Sancy le plus élevé des pics, et le plomb du Cantal le plus grand des plombs.