Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/249

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FINI.

et, maintenant, je reviens à Paris pour marier ma fille, car j’ai une fille, une belle fille de dix-huit ans, que vous n’avez jamais vue. Je vous ai annoncé son entrée au monde, mais vous n’avez certes pas fait grande attention à un aussi mince événement.

« Vous, vous êtes toujours le beau Lormerin ; on me l’a dit. Eh bien, si vous vous rappelez encore la petite Lise, que vous appeliez Lison, venez dîner ce soir avec elle, avec la vieille baronne de Vance, votre toujours fidèle amie, qui vous tend, un peu émue, et contente aussi, une main dévouée, qu’il faut serrer et ne plus baiser, mon pauvre Jaquelet.

« Lise de Vance. »

Le cœur de Lormerin s’était mis à battre. Il demeurait au fond de son fauteuil, la lettre sur les genoux et le regard fixe devant lui, crispé par une émotion poignante qui lui faisait monter des larmes aux yeux !

S’il avait aimé une femme dans sa vie, c’était celle-là, la petite Lise, Lise de Vance, qu’il appelait Fleur-de-Cendre, à cause de la couleur étrange de ses cheveux et du gris pâle de ses yeux. Oh ! quelle fine, et jolie, et charmante créature c’était, cette frêle baronne, la femme de ce vieux baron goutteux et bourgeonneux qui l’avait enlevée brusquement en province, enfermée, séquestrée par jalousie, par jalousie du beau Lormerin.

Oui il l’avait aimée et il avait été bien aimé aussi, croyait-il. Elle le nommait familièrement Jaquelet, et elle disait ce mot d’une exquise façon.

Mille souvenirs effacés lui revenaient lointains et doux, et tristes maintenant. Un soir elle était entrée chez lui en sortant d’un bal, et ils avaient été faire un tour au Bois de Boulogne : elle décolletée, lui en veston de chambre. C’était au printemps ; il faisait doux.