Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/250

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ŒUVRES POSTHUMES.

L’odeur de son corsage embaumait l’air tiède, l’odeur de son corsage et aussi, un peu, celle de sa peau. Quel soir divin ! En arrivant près du lac, comme la lune tombait dans l’eau à travers les branches, elle s’était mise à pleurer. Un peu surpris, il demanda pourquoi.

Elle répondit :

— Je ne sais pas ; c’est la lune et l’eau qui m’attendrissent. Toutes les fois que je vois des choses poétiques, ça me serre le cœur et je pleure.

Il avait souri, ému lui-même, trouvant ça bête et charmant, cette émotion naïve de femme, de pauvre petite femme que toutes les sensations ravagent. Et il l’avait embrassée avec passion, bégayant :

— Ma petite Lise, tu es exquise.

Quel charmant amour, délicat et court, ça avait été, et fini si vite aussi, coupé net, en pleine ardeur, par cette vieille brute de baron qui avait enlevé sa femme, et qui ne l’avait plus montrée à personne jamais depuis lors !

Lormerin avait oublié, parbleu ! au bout de deux ou trois semaines. Une femme chasse l’autre si vite, à Paris, quand on est garçon ! N’importe, il avait gardé à celle-là une petite chapelle en son cœur, car il n’avait aimé qu’elle ! Il s’en rendait bien compte maintenant.

Il se leva et prononça tout haut : « Certes, j’irai dîner ce soir ! » Et, d’instinct, il retourna devant sa glace pour se regarder de la tête aux pieds. Il pensait : « Elle doit avoir vieilli rudement, plus que moi. » Et il était content au fond de se montrer à elle encore beau, encore vert, de l’étonner, de l’attendrir peut-être, et de lui faire regretter ces jours passés, si loin, si loin !

Il revint à ses autres lettres. Elles n’avaient point d’importance.

Tout le jour il pensa à cette revenante ! Comment