Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/259

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MES VINGT-CINQ JOURS.

hésitation. Mes ouvertures furent reçues sans embarras. Nous avons fait route ensemble pour revenir. Et nous avons parlé de Paris ; elles connaissent, paraît-il, beaucoup de gens que je connais aussi. Qui est-ce ?

Je les reverrai demain. Rien de plus amusant que ces rencontres-là.

22 juillet. — Journée passée presque entière avec les deux inconnues. Elles sont, ma foi, fort jolies, l’une brune et l’autre blonde. Elles se disent veuves ? Hum ?…

Je leur ai proposé de les conduire à Royat demain et elles ont accepté.

Châtel-Guyon est moins triste que je n’avais pensé en arrivant.

23 juillet. — Journée passée à Royat. Royat est un pâté d’hôtels au fond d’une vallée, à la porte de Clermont-Ferrand. Beaucoup de monde. Grand parc plein de mouvement. Superbe vue du Puy de Dôme aperçu au bout d’une perspective de vallons. On s’occupe beaucoup de mes compagnes, ce qui me flatte. L’homme qui escorte une jolie femme se croit toujours coiffé d’une auréole ; à plus forte raison celui qui passe entre deux jolies femmes. Rien ne plaît autant que dîner dans un restaurant bien fréquenté, avec une amie que tout le monde regarde ; et rien d’ailleurs n’est plus propre à poser un homme dans l’estime de ses voisins.

Aller au Bois, traîné par une rosse, ou sortir sur le boulevard, escorté par un laideron, sont les deux accidents les plus humiliants qui puissent frapper un cœur délicat, préoccupé de l’opinion des autres. De tous les luxes, la femme est le plus rare et le plus distingué, elle est celui qui coûte le plus cher, et qu’on nous envie le plus ; elle est donc aussi celui que