Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/302

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ŒUVRES POSTHUMES.

— Écoutez, Irène…

Elle se débattait, ne voulant plus rien entendre, les yeux pleins de larmes et balbutiant :

— Laissez-moi… Laissez-moi… Laissez-moi…

Il la fît asseoir de force et s’agenouilla de nouveau devant elle, puis il tâcha, en accumulant les raisons et les conseils, de lui faire comprendre la folie et l’affreux danger de son projet. Il n’oublia rien de ce qu’il fallait dire pour la convaincre, cherchant, dans sa tendresse même, des motifs de persuasion.

Comme elle restait muette et glacée, il la pria, la supplia de l’écouter, de le croire, de suivre son avis.

Lorsqu’il eut fini de parler, elle répondit seulement :

— Êtes-vous disposé à me laisser partir, maintenant ? Lâchez-moi, que je puisse me lever.

— Voyons, Irène…

— Voulez-vous me lâcher ?

— Irène… votre résolution est irrévocable ?

— Voulez-vous me lâcher !

— Dites-moi seulement si votre résolution, si votre folle résolution que vous regretterez amèrement, est irrévocable ?

— Oui… Lâchez-moi.

— Alors, reste. Tu sais bien que tu es chez toi ici. Nous partirons demain matin.

Elle se leva malgré lui, et, durement :

— Non. Il est trop tard. Je ne veux pas de sacrifice, je ne veux pas de dévouement.

— Reste. J’ai fait ce que je devais faire, j’ai dit ce que je devais dire. Je ne suis plus responsable envers toi. Ma conscience est tranquille. Exprime tes désirs et j’obéirai.

Elle se rassit, le regarda longtemps, puis demanda, d’une voix très calme :