Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/303

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ÉTRENNES.

— Alors, explique.

— Quoi ? Que veux-tu que j’explique ?

— Tout… Tout ce que tu as pensé pour changer comme ça de résolution. Moi, alors, je verrai ce que je dois faire.

— Mais je n’ai rien pensé du tout. Je devais te prévenir que tu allais accomplir une folie. Tu persistes, je demande ma part de cette folie, et même je l’exige.

— Ça n’est pas naturel de changer d’avis si vite.

— Écoute, ma chère amie. Il ne s’agit ici ni de sacrifice ni ne dévouement. Le jour où j’ai compris que je t’aimais, je me suis dit ceci, que tous les amoureux devraient se dire dans le même cas : L’homme qui aime une femme, qui s’efforce de la conquérir, qui l’obtient et qui la prend, contracte vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis d’elle un engagement sacré. Il s’agit, bien entendu, d’une femme comme vous, et non d’une femme au cœur ouvert, au cœur facile.

Le mariage, qui a une grande valeur sociale, une grande valeur légale, ne possède à mes yeux qu’une très légère valeur morale, étant données les conditions où il a lieu généralement.

Donc, quand une femme, attachée par ce lien juridique, mais qui n’aime pas son mari, qui ne peut l’aimer, dont le cœur est libre, rencontre un homme qui lui plaît, et se donne à lui, quand un homme sans liaison prend une femme ainsi, je dis qu’ils s’engagent l’un vis-à-vis de l’autre, de par ce mutuel et libre consentement, bien plus que par le « oui » murmuré devant l’écharpe du maire.

Je dis que, s’ils sont tous deux gens d’honneur, leur union doit être plus intime, plus forte, plus saine que si tous les sacrements l’avaient consacrée.