Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/42

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muette que lui témoignait la maîtresse de la maison. Il paraît cependant qu’il finit par comprendre. A quel moment, en quel lieu la révélation lui fut-elle laite ? On l’ignore ; mais il reparut à la soirée suivante, il avait l’air préoccupé, presque honteux, et regardait avec inquiétude autour de lui. L’heure du thé sonna. Le valet parut. Mme Anserre, souriante, saisit le plat, chercha des yeux son jeune ami ; mais il avait fui si vite qu’il n’était déjà plus là. Alors elle partit à sa recherche et le retrouva bientôt tout au fond du salon des «laboureurs». Lui, le bras passé sous le bras du mari, le consultait avec angoisse sur les moyens employés pour la destruction du phylloxéra. — Mon cher monsieur, lui dit-elle, voulez-vous être assez aimable pour me découper cette brioche ? Il rougit jusqu’aux oreilles, balbutia, perdant la tête. Alors M. Anserre eut pitié de lui et, se tournant vers sa femme : — Ma chère amie, tu serais bien aimable de ne point nous déranger : nous causons agriculture. Fais-la donc couper par Baptiste, ta brioche. Et personne depuis ce jour ne coupa plus jamais la brioche de Mme Anserre.