Page:Maupassant - Contes du jour et de la nuit 1885.djvu/162

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Mathurin, son camarade, le tirait toujours par le bras.

— Allons, viens-t’en, Jérémie. C’est pas un soir à rentrer, sans rien d’ chaud dans le ventre. Quéqu’ tu crains ? Ta femme va-t-il pas bassiner ton lit ?

Jérémie répondait :

— L’aut’ soir que je n’ai point pu r’trouver la porte… Qu’on m’a quasiment r’pêché dans le ruisseau de d’vant chez nous !

Et il riait encore à ce souvenir de pochard, et il allait tout doucement vers le café de Paumelle, dont la vitre illuminée brillait ; il allait, tiré par Mathurin et poussé par le vent, incapable de résister à ces deux forces.

La salle basse était pleine de matelots, de fumée et de cris. Tous ces hommes, vêtus de laine, les coudes sur les tables, vociféraient pour se faire entendre. Plus il entrait de buveurs, plus il fallait hurler dans le vacarme des voix et des dominos tapés sur le marbre, histoire de faire plus de bruit encore.

Jérémie et Mathurin allèrent s’asseoir dans