Page:Maupassant - Discours académique, paru dans Gil Blas, 18 juillet 1882.djvu/2

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DISCOURS ACADÉMIQUE



Mesdames,
Messieurs,

N’est-ce point M. Renan qui, appelé à présider une distribution de prix de vertu, dans l’auguste sein de l’Académie française, commençait ainsi son discours : « Il y a un jour dans l’année où la vertu est récompensée ? » Avec moins de fantaisie, M. Mézières vient de célébrer à son tour ces gens ennuyeux mais humbles à qui feu Montyon laissa des rentes. Puisqu’ils ont leurs orateurs, leurs défenseurs et leurs bienfaiteurs, ne nous occupons point de ces quêteurs de récompenses honnêtes. Bornons-nous à constater en passant que la vertu payée et couronnée, cessant ainsi de trouver en elle-même son prix, de se complaire dans le sacrifice, perd, par là, son plus grand mérite. Pourquoi tue-t-on, vole-t-on, commet-on toutes les choses que persécutent les lois ? pour de l’argent, mesdames ! Si l’on devient vertueux aussi pour de l’argent, je cesse de voir la différence entre l’honnête homme et le gredin.