Page:Maupassant - Discours académique, paru dans Gil Blas, 18 juillet 1882.djvu/8

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Si vous croyez à Dieu, c’est à lui qu’il faut vous en prendre. Si vous n’y croyez pas, le meilleur moyen serait de faire châtrer les citoyens dès leur naissance. Les hommes ainsi corrigés cesseraient, soyez-en sûrs, ces naturelles plaisanteries qui vous offusquent si fort.

Vous êtes des pontifes, messieurs, et des pontifes ennuyeux, des pontifes sans esprit et sans fantaisie, vous ne savez pas rire. Prenez garde.

Vous dites, la main sur le cœur : « Les vrais artistes n’ont rien à craindre de nous. » Et cependant les vrais artistes vous craignent, car vous avez au fond de l’âme une pensée, et vous travaillez à sa réalisation : vous voulez un art démocratique, un art honnête.

L’art, messieurs, ne vous en déplaise, n’a rien à faire avec tous ces mots. Il est et restera malgré vous aristocrate, sans se soucier le moins du monde de vos croyances.

L’art est aristocrate, c’est là sa force et sa grandeur. Rêver un art populaire est une autre sottise. Plus il s’élève, moins il est compris du nombre, plus il est adoré des quelques-uns capables de le pénétrer.

Ne nous parlez pas de république athénienne, vous qui auriez envoyé Aristophane en police correctionnelle.

Faites des lois contre les vices. Emprisonnez M. de Germiny, cet imitateur de