Page:Maupassant - Fort comme la mort.djvu/344

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— Oh ! mon cher, cher Olivier ! dire que je vous ai laissé partir, que je ne vous ai pas gardé !

Il répondit avec conviction :

— Cela me serait arrivé tout de même, un jour ou l’autre.

Ils se regardèrent encore, cherchant à voir leurs plus secrètes pensées. Il reprit :

— Je ne crois pas que j’en revienne. Je souffre trop.

Elle balbutia :

— Vous souffrez beaucoup ?

— Oh ! oui.

Se penchant un peu plus, elle affleura son front, puis ses yeux, puis ses joues de baisers lents, légers, délicats comme des soins. Elle le touchait à peine du bout des lèvres, avec ce petit bruit de souffle que font les enfants qui embrassent. Et cela dura longtemps, très longtemps. Il laissait tomber sur lui cette pluie de douces et menues caresses qui semblait l’apaiser, le rafraîchir, car son visage contracté tressaillait moins qu’auparavant.

Puis il dit :

— Any ?

Elle cessa de le baiser pour entendre.

— Quoi ! mon ami.

— Il faut que vous me fassiez une promesse.

— Je vous promets tout ce que vous voudrez.

— Si je ne suis pas mort avant le jour, jurez-