Page:Maupassant - Le Horla, OC, Conard, 1909.djvu/113

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auprès du corps et qui cherchaient à le soulever. Et leur montrant la porte avec une autorité, une dignité, une majesté irrésistibles, elle prononça :

— C’est à vous de sortir, maintenant.

Et elles sortirent, sans protester, sans dire un mot. Il faut ajouter que je me disposais à les expulser avec la même vivacité que le pasteur et le concierge.

Alors l’abbé Poivron administra mon oncle avec toutes les prières d’usage et lui remit ses péchés.

Maman sanglotait, prosternée près de son frère.

Tout à coup elle s’écria :

— Il m’a reconnue. Il m’a serré la main. Je suis sûre qu’il m’a reconnue !!!... et qu’il m’a remerciée ! oh, mon Dieu ! quelle joie !

Pauvre maman ! Si elle avait compris ou deviné à qui et à quoi ce remerciement-là devait s’adresser !

On coucha l’oncle sur son lit. Il était bien mort cette fois.

— Madame, dit Mélanie, nous n’avons pas de draps pour l’ensevelir. Tout le linge appartient à ces demoiselles.

Moi je regardais l’omelette qu’elles n’avaient point fini de manger, et j’avais, en même temps, envie de pleurer et de rire. Il y a de