Page:Maupassant - Mont-Oriol, 1887.djvu/13

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


2º Du bromure de potassium qui lui détruira l’estomac, affaiblira toutes ses facultés, le couvrira de boutons, et fera fétide son haleine ;

3º De l’iodure de potassium aussi, qui, desséchant toutes les glandes sécrétantes de son individu, celles du cerveau comme les autres, le laissera, en peu de temps, aussi impuissant qu’imbécile ;

4º Du salicylate de soude, dont les effets curatifs ne sont pas encore prouvés, mais qui semble conduire à une mort foudroyante et prompte les malades traités par ce remède ;

Et concurremment :

Du chloral qui rend fou, de la belladone qui attaque les yeux, de toutes les solutions végétales, de toutes les compositions minérales qui corrompent le sang, rongent les organes, mangent les os, et font périr par le médicament ceux que la maladie épargne.

Il écrivit longtemps, sur le recto et sur le verso, puis signa comme aurait fait un magistrat pour un arrêt capital.

La jeune femme, assise en face de lui, le regardait, avec une envie de rire qui relevait le coin de ses lèvres.

Dès qu’il fut sorti, après un grand salut, elle prit le papier noirci d’encre, en fit une boule, puis la jeta dans la cheminée, et, riant enfin de tout son cœur : « Oh ! père, où as-tu découvert ce fossile ? Mais il a tout à fait l’air d’un chand d’habits… Oh !… c’est bien de toi, cela, de déterrer un médecin