Page:Maupassant - Mont-Oriol, 1887.djvu/12

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Andermatt ; et le marquis laissa seul le médecin pour aller chercher sa fille.

Il revint avec elle presque aussitôt. C’était une jeune femme blonde, petite, pâle, très jolie, dont les traits semblaient d’une enfant, tandis que l’œil bleu, hardiment fixé, jetait aux gens un regard résolu qui donnait un attrait charmant de fermeté et un singulier caractère à cette mignonne et fine personne. Elle n’avait pas grand’chose, de vagues malaises, des tristesses, des crises de larmes sans cause, des colères sans raison, de l’anémie enfin. Elle désirait surtout un enfant, attendu en vain depuis deux ans qu’elle était mariée.

Le docteur Bonnefille affirma que les eaux d’Enval seraient souveraines et écrivit aussitôt ses prescriptions.

Elles avaient toujours l’aspect redoutable d’un réquisitoire.

Sur une grande feuille blanche de papier à écolier, ses ordonnances s’étalaient par nombreux paragraphes de deux ou trois lignes chacun, d’une écriture rageuse, hérissée de lettres pareilles à des pointes.

Et les potions, les pilules, les poudres qu’on devait prendre à jeun, le matin, à midi, ou le soir, se suivaient avec des airs féroces.

On croyait lire : « Attendu que M. X… est atteint d’une maladie chronique, incurable et mortelle ;

Il prendra : 1º Du sulfate de quinine qui le rendra sourd, et lui fera perdre la mémoire ;