Page:Maupassant - Mont-Oriol, 1887.djvu/133

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Elle pressa la main du marquis :

— Oh ! petit père, si tu voulais ?

Il hésitait, ayant grande envie de se coucher.

Elle insista :

— Songe donc, c’est déjà si beau de jour, Tournoël ! Tu disais toi-même que tu n’avais jamais vu une ruine aussi pittoresque, avec cette grande tour au-dessus du château ! Qu’est-ce que ça doit être la nuit ?

Il consentit enfin :

— Eh bien, allons ; mais nous regarderons cinq minutes et nous reviendrons tout de suite. Je veux être couché à onze heures, moi.

— Oui, nous reviendrons tout de suite. Il ne faut pas plus de vingt minutes pour y aller.

Ils partirent tous les trois, Christiane appuyée au bras de son père et Paul marchant à côté d’elle.

Il parlait de voyages qu’il avait faits, de la Suisse, de l’Italie, de la Sicile. Il racontait ses impressions devant certaines choses, son enthousiasme au faîte du mont Rose, alors que le soleil, surgissant à l’horizon de ce peuple de sommets glacés, de ce monde figé des neiges éternelles, jeta sur chacune des cimes géantes une clarté éclatante et blanche, les alluma comme les phares pâles qui doivent éclairer les royaumes des morts. Puis il dit son émotion au bord du cratère monstrueux de l’Etna, quand il s’était senti, bête imperceptible, à trois mille mètres dans les nuages, n’ayant plus que la mer et le ciel autour de lui, la mer bleue au-dessous, le ciel bleu